Emploi en pharmacie d’officine : un marché qui se détend, des postes qui se transforment

En deux ans, le nombre de recrutements de pharmaciens prévus par les employeurs a été divisé par deux, et la part jugée difficile est passée de 83 % à 61 %, selon France Travail. Après la forte tension de l’après-Covid, le marché de l’emploi en officine se rééquilibre. Mais les postes, eux, changent de contenu : vaccination, tests, prévention. Candidats comme employeurs ont intérêt à en tenir compte.
Des recrutements moins nombreux et moins difficiles
L’enquête Besoins en main-d’œuvre, que France Travail mène chaque année auprès des établissements, donne la mesure du retournement. En 2024, les employeurs prévoyaient 7 310 recrutements de pharmaciens, dont 82,6 % jugés difficiles. En 2026, ils n’en prévoient plus que 3 680, dont 60,9 % difficiles, tous secteurs confondus.
Plusieurs facteurs se conjuguent. L’activité exceptionnelle des années Covid, portée par les tests et la vaccination de masse, est retombée. L’économie officinale est sous pression, avec notamment le plafonnement des remises sur les médicaments génériques depuis le 1er janvier 2026. Et le réseau se resserre : il compte environ 20 000 officines, et 260 ont fermé au cours de la seule année 2024.
Le marché reste pourtant tendu par endroits. La part des recrutements de pharmaciens jugés difficiles va de 47 % en Nouvelle-Aquitaine à 85 % dans le Grand Est. Côté préparateurs, France Travail recensait début 2026 quelque 4 230 projets d’embauche en officine, dont 54 % jugés difficiles à pourvoir, selon Le Moniteur des pharmacies.
Une profession qui se recompose
Selon le panorama de la démographie pharmaceutique publié par l’Ordre national des pharmaciens le 17 juin 2026, 75 731 pharmaciens étaient inscrits au 1er janvier 2026. Près des trois quarts exercent en officine : 31,6 % comme titulaires, 40,3 % comme adjoints. En dix ans, le nombre de titulaires a reculé de 11,6 % quand celui des adjoints progressait de 10,3 %. Les effectifs de l’industrie ont, eux, augmenté de 15,1 % sur la même période. La profession rajeunit aussi : les moins de 40 ans représentent 32,6 % des inscrits, dix points de plus qu’il y a dix ans. Les recruteurs ont donc affaire à une génération nombreuse de pharmaciens en début de carrière.
Moins d’officines, plus d’adjoints : l’emploi se concentre dans des structures plus grandes, où le pharmacien salarié devient le profil le plus courant. Autre enseignement du panorama, l’ancrage local : 65,3 % des pharmaciens nouvellement inscrits exercent dans le territoire où ils ont été formés. Pour une officine éloignée d’une faculté de pharmacie, le vivier de candidats se construit donc de proche en proche.
Les nouvelles missions changent le contenu des postes
Depuis août 2023, le pharmacien formé peut prescrire et administrer les vaccins du calendrier vaccinal dès 11 ans. Depuis juin 2024, il peut délivrer un antibiotique sans ordonnance après un test positif d’angine ou de cystite. Depuis le 6 décembre 2024, les préparateurs formés peuvent à leur tour vacciner, sous la supervision d’un pharmacien lui-même formé. Les rendez-vous de prévention entrent dans un nouveau cadre le 1er octobre 2026, et la loi du 27 juillet 2026 a inscrit la mesure de la pression artérielle parmi les missions des officines, dans l’attente d’un décret.
Pour les recruteurs, ces évolutions déplacent les critères. Une attestation de formation à la vaccination ou aux tests devient un argument concret dans une candidature. Et comme la plupart de ces missions sont réservées au pharmacien, l’organisation de l’équipe officinale pèse autant que ses effectifs : qui accueille le patient, qui prend les rendez-vous, qui gère le stock de vaccins. L’Ordre le souligne lui-même : la démographie de la profession ne se lit plus séparément de l’évolution de ses missions.
Préparateur : un nouveau diplôme, de nouveaux calculs
Depuis la rentrée 2023, le DEUST préparateur/technicien en pharmacie remplace le brevet professionnel. Ce diplôme universitaire de niveau bac+2 se prépare en deux ans, uniquement en apprentissage. Pour une officine, accueillir un alternant devient un engagement plus structuré : Le Moniteur des pharmacies observe que les titulaires prennent leur décision de plus en plus tard, en examinant de près le coût du contrat, le niveau des aides et la situation économique de leur officine. Les deux diplômes coexistent désormais sur le marché du travail.
Candidats, recruteurs : ce qui fait la différence
Dans un marché moins tendu, les candidats comparent davantage les offres, et les employeurs peuvent se montrer plus sélectifs. Quelques repères pour les uns et les autres :
- Côté candidats : mettre en avant ses habilitations (vaccination, tests), ses disponibilités (samedis, gardes) et sa mobilité ; vérifier le coefficient et le salaire proposés au regard de la grille conventionnelle ; s’intéresser à l’organisation de l’officine autant qu’au salaire.
- Côté recruteurs : publier une annonce précise, qui détaille les missions confiées, les horaires, la rémunération et les formations prises en charge, et qui dit quelles missions l’officine pratique déjà (vaccination, tests, entretiens). La convention collective nationale de la pharmacie d’officine fixe des salaires minimums ; l’attractivité d’un poste se joue sur tout le reste.
- Pour chercher : France Travail et les réseaux des facultés restent des relais utiles, tout comme les sites spécialisés, tel Team Officine, dédié à l’emploi en pharmacie, où titulaires et candidats se retrouvent directement.
Moins tendu, le marché n’en est pas moins exigeant : il recherche des femmes et des hommes formés aux nouvelles missions, et des officines organisées pour leur faire une place.
Questions fréquentes
Le marché de l’emploi en pharmacie est-il encore tendu ?
Moins qu’en 2024. En 2026, 60,9 % des projets de recrutement de pharmaciens sont jugés difficiles, contre 82,6 % deux ans plus tôt (France Travail). La tension reste forte dans certaines régions et pour les préparateurs.
Un préparateur en pharmacie peut-il vacciner ?
Oui, depuis le 6 décembre 2024, à condition d’être formé et de vacciner sous la supervision d’un pharmacien lui-même formé.
Quel diplôme faut-il pour devenir préparateur en pharmacie ?
Le DEUST préparateur/technicien en pharmacie, préparé en deux ans en apprentissage. Il a remplacé le brevet professionnel à la rentrée 2023.
