Cancer : des molécules « leurres » poussent les cellules tumorales au suicide

 

Cancer : des molécules "leurres" poussent les cellules tumorales au suicideUne équipe française de l’Institut Curie a élaboré des molécules « faussaires » capables d’induire en erreur les cellules cancéreuses résistantes à la radiothérapie et de les amener à se « suicider ». Cette découverte prometteuse permettrait à terme d’accroître l’efficacité des traitements contre le cancer.

L’équipe de Marie Dutreix, à l’Institut Curie (Paris), vient de mettre au point une méthode prometteuse d’optimisation de l’efficacité des rayons. Cette technique fait appel à des molécules d’ADN de très petite taille, les Dbait, qui donnent aux cellules tumorales l’illusion de graves lésions difficilement réparables (cassures de la double hélice d’ADN). Ainsi, la cellule cancéreuse détecte un niveau de dommages trop élevé pour ses mécanismes de réparation et les stoppe. Les lésions, qu’induit ensuite la radiothérapie, s’ajoutent à ce leurre. La cellule dépassée par le problème, induit alors sa propre mort.

Une technique qui n’affecte pas les cellules saines

Les tests réalisés sur les souris et publiés dans la revue américaine Clinical Cancer montrent que les Dbait utilisées avant la radiothérapie augmentent l’efficacité de celle-ci à doses égales. Ainsi, dans 20% des cas, les tumeurs disparaissent totalement. Autre avantage de cette technique : elle n’affecte pas les cellules saines. Aujourd’hui, les recherches actuelles se focalisent sur l’amélioration des Dbait afin d’adapter le procédé en vue d’un essai clinique chez l’homme.

Les premiers essais sur l’homme vers 2011
Selon Marie Dutreix, les premiers essais cliniques pourraient démarrer fin 2010 – début 2011 dans quatre centres anti-cancéreux parisiens, a précisé la chercheuse. Ses recherches ciblent plus particulièrement les mélanomes (cancers de la peau) et les glioblastomes (tumeurs du cerveau), connus pour leur résistance aux traitements. « On s’oriente vers une administration intracrânienne pour les glioblastomes et sous-cutanée pour les mélanomes », a précisé la chercheuse. « Le plus important est de faire en sorte que les molécules arrivent bien aux tumeurs ». Par ailleurs, les chercheurs envisagent d’étendre leur champ d’action aux chimiothérapies.

Le développement des molécules Dbait, y compris la mise en place des essais cliniques, est pris en charge par la société de biotechnologies DNA Therapeutics, émanation de l’Institut Curie, créée pour l’occasion. Le brevet sur les Dbait a été déposé conjointement par le CNRS, le Muséum national d’histoire naturelle, l’Inserm et l’Institut Curie.