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Infections nosocomiales : état des lieux et importance de la ventilation

Publié le jeudi 8 avril 2021

En cette période pandémique, les infections nosocomiales sont revenues en force dans le débat public. Il faut dire que le virus de la Covid-19 s’est très rapidement imposé comme la première infection contractée en milieu hospitalier, à la fois pour les patients et les professionnels de santé. Dans cet article, nous vous proposons un état des lieux des infections nosocomiales en France ainsi qu’un focus sur l’importance de la ventilation dans la prévention.

Cartographie des infections nosocomiales en France*

En France, les infections nosocomiales concerneraient 5 % des patients, soit un patient sur vingt. Ainsi, les établissements de santé de l’Hexagone dénombreraient chaque année quelque 750 000 infections nosocomiales, causant directement environ 4 000 décès. Nous tournons ces estimations au conditionnel car il est toujours compliqué de lier une infection à son origine. En dépit de ces chiffres impressionnants, la France se situe dans la moyenne basse de l’Union européenne.

Le risque augmente logiquement avec certains facteurs d’exacerbation :

. L’âge du patient, les séniors et les nourrissons étant plus exposés au risque d’infection nosocomiale à cause d’un système immunitaire moins performant ;

. L’état de santé du patient : les immunodéprimés sont, par définition, plus exposés aux infections nosocomiales ;

. La durée du séjour à l’hôpital : en effet, il y a 15 fois plus d’infections nosocomiales dans la fourchette d’hospitalisation allant de 30 à 89 jours que dans l’éventualité d’une hospitalisation de moins d’une semaine ;

. Le type d’établissement de soin qui accueille le patient : on estime que les centres de lutte contre le cancer et le sida sont les plus concernés ;

. Le niveau d’hygiène de l’établissement de soin.

Selon une étude menée par l’Inserm, le délai minimal entre une hospitalisation et la survenue d’une infection nosocomiale est de 48 heures. Les bactéries les plus impliquées sont l’Escherichia Coli, que l’on retrouve à l’état naturel dans les intestins, le Staphylococcus Aureus, que l’on retrouve dans la muqueuse nasale et de la gorge chez 30 % des individus, et le Pseudomonas Aeruginosas, qui se développe en milieu humide. Ces bactéries infectent le patient le plus souvent à la suite d’interventions invasives comme un sondage urinaire ou trachéal (ventilation assistée), une endoscopie ou encore un cathéter veineux.

La typologie des infections nosocomiales en France : la Covid-19 prend la tête…

Les infections urinaires (30 %) restent, de loin, les infections nosocomiales les plus courantes. Elles sont bénignes dans l’écrasante majorité des cas. Elles sont suivies par les pneumonies (16,7 %), les infections du site opératoire après une opération chirurgicale (13,5 %) et les septicémies conséquentes à l’introduction de cathéters (10,1 %).

En 2020, la Covid-19 est devenue la première maladie nosocomiale en France. C’est en tout cas ce qu’affirme Santé publique France, qui estime à 45 000 le nombre de cas d’infections nosocomiales de la Covid-19 entre janvier 2020 et le 14 février 2021 (source). Dans le détail, ces cas d’infections nosocomiales de la Covid-19 concernent 27 000 de patients contre environ 18 000 professionnel de santé (et une petite dizaine de visiteurs). Toujours selon les données de Santé publique France, la majorité (57 %) de ces infections étaient causées par un patient contaminé.

*Ces chiffres sont repris du dossier de l’Inserm intitulé « Infections nosocomiales, ces microbes qu’on ‘attrape’ à l’hôpital », réalisé en collaboration avec le Professeur Jean-Christophe Lucet, de l’Unité d’hygiène et de lutte contre l’infection nosocomiale du groupe hospitalier Bichat-Claude Bernard (Paris).

Les infections nosocomiales pèsent 7 000 milliards d’euros à l’échelle européenne

Le fait d’être hospitalisé pour un problème de santé et contracter une autre infection pendant son séjour à l’hôpital reste peu courant grâce à l’efficacité des systèmes de prévention. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), 6 % des patients hospitalisés contractent une infection pendant leur séjour à l’hôpital, la France étant à un point en dessous de la moyenne européenne. Ce problème de santé publique est toutefois coûteux, puisqu’il pèse quelque 7 000 milliards d’euros à l’échelle européenne. Il faut dire que malgré leur rareté, les infections nosocomiales constituent un véritable défi sanitaire, car elles challengent l’infrastructure et l’équipement de l’ensemble des structures de soin.

La ventilation : un facteur décisif pour lutter contre les infections nosocomiales

Dans les pays de l’OCDE, plus de 90 % des établissements hospitaliers et autres bâtiments de santé utilisent ce que l’on appelle des systèmes de ventilation mixte qui « poussent » l’air neuf dans la partie supérieure de la pièce, qui n’est pas celle où se trouve le patient. Par la suite, ce nouvel air est mélangé à l’air de la pièce et la concentration des polluants diminue. Un groupe de recherche dans le domaine des machines et des moteurs thermiques de l’université de Cordoue a testé l’efficacité d’un système de « ventilation par déplacement » qui réduit les infections transmises par l’air, notamment la rougeole, la tuberculose et autres agents pathogènes susceptibles d’entraîner de graves complications chez les patients immunodéprimés ou à faible immunité.

Dans ce système, l’air neuf est « poussé » à faible vitesse dans la zone où se trouve le patient (à mi-hauteur). L’air souillé, exposé aux polluants, est littéralement déplacé sous l’impact de la ventilation et monte vers la partie supérieure de la pièce, où sont censées être les bouches d’aération. Ainsi, et au lieu de réduire la quantité de polluants, ce système protège le patient et les soignants avec un air « neuf » tout en favorisant l’évacuation de l’air pollué. Le flux d’air propre joue le rôle de piston sans importuner le patient, car son débit est maintenu à une faible valeur (qui dépend néanmoins de la superficie de la pièce).

Pour évaluer l’efficacité de cette innovation, le groupe a analysé son impact sur les infections aérogènes en utilisant des mannequins thermiques équipés de systèmes respiratoires. Ils ont procédé à plusieurs essais expérimentaux en injectant un polluant simulant un agent pathogène dans les poumons du mannequin ainsi qu’à plusieurs endroits de la pièce. Après avoir évalué et mesuré différents paramètres, l’étude, réalisée dans le cadre du projet de recherche et développement TRACER, a conclu que les systèmes de ventilation par déplacement peuvent réduire le risque d’exposition aux agents pathogènes en suspension dans l’air par rapport aux autres systèmes traditionnels.

La ventilation par déplacement, pour un hôpital respectueux de l’environnement

Selon la réglementation établie par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, les systèmes de ventilation doivent rafraîchir la totalité de l’air d’une chambre d’hôpital 12 fois par heure afin de réduire les infections aéroportées. Avec le nouveau système de ventilation proposé, il ne sera nécessaire de rafraîchir l’air qu’environ 9 fois par heure, sans que le risque d’infection ne change. Ainsi, et en plus des avantages pour la santé, le système réduira également la consommation d’énergie pour des établissements de santé plus respectueux de l’environnement.

Quid de la climatisation pour la prévention des infections nosocomiales ?

La climatisation semble moins performante pour prévenir les infections nosocomiales. Le rôle de l’air conditionné vise surtout à maintenir une certaine température ambiante (salle d’opération notamment) ou participer au confort des patients hospitalisés (voici comment choisir un climatieur mobile). Les données empiriques qui permettent de comparer l’efficacité de la climatisation et celle de l’aération dans la prévention des infections nosocomiales ne sont pas légion. Il en va de même pour l’impact de l’ensoleillement, pourtant vigoureusement conseillé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

La Fédération Hospitalière de France (FHF) relate dans un article deux observations qui abondent en faveur de l’aération naturelle :

. Lors d’une opération militaire américaine dans le cadre de la 1ère Guerre du Golfe, les militaires logés dans des bâtiments avaient été plus fréquemment touchés par des infections respiratoires que ceux qui séjournaient dans des tentes ;

.  Cette étude, également relatée par la FHF, a analysé la transmission de la mycobactérie de la tuberculose dans les chambres ventilées et les pièces climatisées. Ces dernières exposent les patients à un plus grand risque de contamination.








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